≠ Trains


Nous avons poursuivi la démarche initiée dans le métro (Ligne 1) par un travail en collaboration avec Simone Hérault sur l'environnement sonore des gares, particulièrement les annonces et messages proposés aux voyageurs.
Le site de la SNCF indique d'ailleurs : « Dans plus de 3 000 gares en France, SNCF parle d'une seule voix aux voyageurs, celle de Simone Hérault. Chaque jour, ses messages accueillent, informent, rassurent et font sourire des millions de voyageurs en gare, dans les trains, et sur certains de nos serveurs vocaux. Depuis 35 ans, sa voix féminine au timbre caractéristique accompagne nos voyages en train *». Puis : « Simone enregistre ses annonces par segments. Un calculateur agrège ces segments pour en faire des phrases. Les segments de phrases que Simone enregistre une à deux fois par mois dans le studio SNCF sont numérisés, stockés, puis assemblés et restitués informatiquement. Les annonces s'adaptent ainsi à tous les contextes et sont facilement programmables par les opérateurs des gares…* »
Dores et déjà, la SNCF a mis en place un processus informatique astucieusement nommé « E-Mone » permettant de dupliquer et utiliser de façon illimitée cette « voix du futur ».
Nous avons initié ce projet comme un clin d'œil à Simone Hérault et à sa diction (qui d'ailleurs a déclaré aimer autant la lecture de la litanie des gares qu'un poème de Baudelaire !), considérant, comme pour le métro, les annonces diffusées au départ et à chaque arrêt comme des supports prosodiques et intonatifs définissant et scandant la trame musicale et visuelle de la démarche.
Nous lui avons donc proposé d'enregistrer un texte (Voie L, Symphonie en Sol pour valises à roulettes) reprenant quelques mots clefs des annonces diffusées chaque jour dans les gares, mais qui progressivement s'en éloigne pour produire des sensations et des images nouvelles. C'est le jeu de cet apparent paradoxe contredisant une association trop attendue entre une voix et les messages entendus par des milliers de voyageurs, la tension ainsi produite et le décalage entre la familiarité de la voix de Simone Hérault et les phrases qu'elle prononce dans ce texte qui créent surprise et attention accrue, produisant un rapport singulier avec sa voix tout à coup décontextualisée, comme dégagée d'un lien trop évident, aussi reconnaissable que mystérieuse.

Les différents messages informatifs entendus par les voyageurs tout au long de leur voyage ont donc été ainsi intégrés au processus de création, puis transformés pour en renforcer les dimensions les plus créatives.
« Apaisante et bienveillante, la voix s'adapte parfaitement au contexte animé des gares, aux ballets des départs et des arrivées* » indique encore la SNCF, mettant l'accent sur notre principale ambition: révéler toute la danse contenue dans ces mots.

Ce projet évoque aussi l'œuvre incontournable de Steve Reich « Different trains » à laquelle nous souhaitons rendre hommage : musique construite sur l'intonation de voix enregistrées dont la répétition révèle comme une obsession la hantise de ces trains le conduisant enfant vers les lieux où vivaient ses parents séparés, d'un bout à l'autre des Etats unis. Dans cette œuvre, Steve Reich a aussi imaginé qu'au même moment, dans l'Europe des années de guerre, ces trains auraient pu tous les conduire vers de bien plus tragiques destinations, et toujours dans des trains différents.

Le projet ≠ Trains a donné lieu à la production d'une vidéo, à l'écriture d'une partition et d'un texte original (Voie L, Symphonie en Sol pour valises à roulettes). Il fait l'objet d'une performance mêlant vidéo, lecture, interprétation et improvisation musicale. Nous tenons à remercier chaleureusement Simone Hérault pour sa participation active à ce projet.

Patrick Boronat, violoncelliste, et Edouard Thommeret, saxophoniste, collaborent au projet ≠ Trains afin d'en enrichir le volet sonore et musical.



* Source: sncf.com


   
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